PORTRAIT : Qu’attendre de Kana-Biyik ?

Débarqué libre sur les bords de la Moselle après plusieurs semaines de remise en forme en compagnie du staff messin, l’international camerounais Jean-Armel Kana-Biyik connait bien le championnat de France (+de 150 matchs disputés). Que peuvent en attendre les supporters et le staff messin ?
Décryptage.

Si en effet le Messin de naissance connait bien la Ligue 1, sa dernière saison en France remonte à 2016-2017 à Toulouse. Le fils d’André n’avait alors que 27 ans et partait s’exiler en Turquie à Kayserispor. En revenant à Metz après 5 ans en Turquie et presque 6 mois sans jouer, les deux parties prennent ainsi un risque qui peut se révéler gagnant. Cela se ressent par la durée du contrat, court : jusqu’en juin 2022. Ainsi en signant Jean-Armel Kana-Biyik, si Frédéric Antonetti s’assure une expérience du haut niveau en défense centrale pendant la CAN, une inconnue réside quant à la capacité d’adaptation du Camerounais à la Ligue 1.

Une valeur sûre en Turquie

Après 5 saisons entre Kayserispor en Gaziantep en SuperLig turque, Kana-Biyik s’est imposé comme une valeur sûre au milieu de tableau de la première division locale. Avec 135 matchs quasiment tous commencés en qualité de titulaire, le néo-messin a su s’adapter et conserver son statut acquis en Ligue 1. Habitué à jouer au centre d’une défense à 3 à Gaziantep (2019-2021), il ne devrait avoir aucun souci à suppléer Boubacar Kouyaté durant la CAN, mais aussi à l’avenir. Alors que le Malien connait souvent des problèmes de suspension, l’expérimenté Kana-Biyik fait, lui, preuve d’une discipline exemplaire. Avec 1 carton jaune tous les 10 matchs environ et seulement 2 rouges écopés en 5 ans, Frédéric Antonetti peut compter sur un joueur rarement suspendu et qui ne commet que très peu de fautes (0,46/match). Une denrée rare dans la défense messine.

En plus de cette propreté dans les interventions, Jean-Armel Kana-Biyik s’est montré particulièrement efficace dans les duels. Avec près de 72,5% de duels défensifs remportés depuis 2016, il fait aussi bien que Dylan Bronn (73,2) et Jemerson (72,4), et mieux que Kouyaté (67) sur leurs périodes en Ligue 1. Lors de sa dernière saison à Toulouse, son total culminait même à 79%. Malgré sa taille moyenne pour un défenseur (1,83m) il parvient tout de même à remporter plus de 60% des duels aériens qu’il dispute. C’est mieux que Dylan Bronn et aussi bien que Jemerson pour une taille similaire, mais tout de même en dessous de Kiki Kouyaté et son mètre quatre-vingt-treize. Cependant, le Camerounais dispute un nombre de duel/match bien moins important que les défenseurs messins actuels. En effet, avec ses 4,5 duels/match à peine, il dispute presque 2 fois moins de duels que Kouyaté. Une donnée à prendre en compte à la lecture des stats : efficace oui, mais sur un plus petit volume.

Intelligent et mature dans sa défense, il se révèle également être un intercepteur correct avec 5,1 interceptions par match. Souvent à la retombée des centres, il profite de sa bonne lecture de la trajectoire des passes pour dévier et récupérer bon nombre de passes adverses. Un domaine dans lequel il domine statistiquement Jemerson et Bronn mais reste loin de Kouyaté qui arrive à près de 8,2 interceptions/matchs.

Enfin, avec son poste de pilier central dans la défense de Gaziantep, Jean-Armel Kana-Biyik, n’a pas beaucoup eu à relancer lors de son passage en Turquie. Sur un volume de passe très faible à l’image de son volume de duels défensif, il ne présente clairement pas les attributs d’un relanceur. Son volume de passes latérales étant bien supérieur à celui de ses passes vers l’avant, il est de ces défenseurs qui préfèrent transmettre au vrai relanceur. Cependant, il est à noter qu’il ne s‘en sort pas trop mal sur les passes longues avec une précision de 53%. C’est en effet mieux que tous les défenseurs messins, même assis sur un volume inférieur à celui de Bronn.

Ainsi, Jean-Armel Kana-Biyik laisse certainement un bon souvenir en Turquie. Sa grosse blessure l’ayant écarté des terrains de janvier à la fin de la saison est certainement la plus grande raison pour laquelle Gaziantep a fait le choix de ne pas le conserver. Son âge avancé pour un footballeur peut aussi l’expliquer. Laissé libre en septembre après l’arrivée de Steven Caulker, l’actuel 6ème de SuperLig ne comptait plus sur lui.

Un bon souvenir en France

Avec 8 saisons de Ligue 1 entre Le Havre, Rennes, et Toulouse, Jean-Armel Kana-Biyik a laissé un bon souvenir. Acheté 2,5 millions d’euros par Rennes en 2010 après une demi-saison de Ligue 1 et une saison de Ligue 2 avec le Havre, c’est au sein du club rouge et noir qu’il a pu faire la rencontre du coach qu’il retrouve aujourd’hui : Frédéric Antonetti. Après une première saison d’adaptation, il s’impose comme un titulaire en Bretagne aux côtés de… John Boye. Il participe même à l’Europa League en 2011-2012 après la 6ème place en ligue 1 du club breton et dispute 4 matchs en phase de poule. Malheureusement, Rennes s’arrête là cette saison. Auteur de très bonnes saisons, il finit par quitter Rennes après s’être embrouillé avec des supporters pour rejoindre le Toulouse FC.

Dans le Sud-ouest, il laisse une empreinte moins importante puisqu’il ne reste que 2 saisons à peine mais participe tout de même à 2 maintiens consécutifs à la 17ème place pour les Violets. En stabilisant une arrière-garde en difficulté, il a alors réussi à l’époque la mission qui l’attend au Fc Metz aujourd’hui.

Toutefois, l’interrogation demeure autour de Jean-Armel Kana-Biyik. Son âge et sa condition physique seront les facteurs les plus importants à surveiller. Car si sa forme physique est au rendez-vous, Il pourrait devenir un élément clé du maintien pour les Grenats. Son profil de force tranquille, propre dans les duels et capable de couper les trajectoires de passe est intéressant pour le club messin. Capable d’évoluer à deux comme à trois, il faudra certainement aligner un profil de relanceur à ses côtés. Jemerson partant avec un statut de titulaire, Niakaté et Mbengue devront prouver qu’ils sont capable de donner cette première impulsion avec le ballon. Convaincant en Turquie, l’écart de niveau avec le championnat français sera-il surmontable pour le défenseur camerounais ? La fin de l’hiver nous le dira…

T.M

Crédit photo: Icon Sport, FC Metz