Pour ce deuxième numéro, nous vous emmenons au cœur d’un match particulier, joué en avril 2006. Rempli d’anecdotes de vestiaires, de discussions et de coups de gueule jamais dévoilés, cet épisode vous plonge dans l’intimité de la rencontre et de ses acteurs.
Le contexte : soirée de gala au Stade Saint Symphorien pour le 2000ème match du club dans l’Elite. Des invités de prestige, un show d’avant match, une rencontre des anciens en lever de rideau… Tout était fait pour que le public passe une bonne soirée. Coté classement, les hommes de Joël Muller sont très mal embarqués et cette rencontre s’avère certainement être l’une des dernières cartouches pour accrocher un maintien miraculeux. Troyes de son côté est en dehors de la zone rouge et peut, en cas de succès, pratiquement assurer son maintien.
Après avoir décroché un importantissime succès un but à zéro sur le pelouse d’Ajaccio deux semaines plus tôt (seul club contre lequel Metz se sera imposé deux fois), succès qui par ailleurs sera l’unique de la saison hors du stade Saint Symphorien, les coéquipiers de Grégory Wimbée sont attendus au tournant pour ce deuxième match consécutif à domicile (le premier perdu une semaine plus tôt donc, 0-1 face à Lens, Proment ratant même un pénalty dans les arrêts de jeu). Un match des plus importants : de par l’histoire, le 2000ème match en Ligue 1 du club, de par aussi et surtout -au vu de la situation sportive- un besoin de points critique. La victoire est impérative en ce samedi 8 avril 2006.
Joël Muller est clair dans le vestiaire avant le match : « c’est pas un match pour les faibles ce soir. Les gars je répète, c’est pas un match pour les faibles. Faut être costaud, et vous allez l’être. »
Les supporters sont clairs : « soyez dignes de notre histoire, redonnez-nous espoir » pouvait-on lire en tribune Ouest avant le coup d‘envoi.
Nico Braun, légende messine que l’on ne présente plus était lui aussi de passage dans le vestiaire pour motiver les troupes. « Faites-vous plaisir, faites-nous plaisir » a-t-il lancé aux joueurs.
Le onze : MARICHEZ – MIHOUBI – MÉNIRI – BORBICONI – ALIOUI (AGOUAZI 58’) – MEDJANI – OUADAH (GUEYE 70’) – PROMENT – CHÉRIF-TOURÉ (CONTOUT 58’) – TUM – PIMENOV. Ne sont pas entrés en jeu : AGASSA, BASSONG.
En face, un ancien de la maison parti au mercato d’hiver, Grégory Paisley, était bien aligné en défense, accompagné de Nivet ou encore Matuidi.
Le coup d’envoi fictif donné par Braun, les 22 acteurs étaient fin prêts. Le match de tous les dangers était lancé. Les Messins, certainement boostés par les évènements, prenaient le jeu à leur compte et inquiétaient à maintes reprise Ronan Le Crom, le gardien troyen. Mais à l’image de la saison, la douche froide allait arriver à la demi-heure de jeu. Contre le cours des évènements, Amzine profitait d’une déviation de Medjani malheureuse pour voir sa frappe finir dans le but de Marichez, totalement pris à contre pieds. Mi-temps 0-1. Rageant.
C’est alors que le vestiaire commençait à partir en vrille. « Ruslan (Pimenov) tu vois pas clair ? Tu vois rien t’es aveugle ? » lance Ouadah, dépité. « Il reste 45 minutes, arrêtez de casser les couilles jouez c’est tout. Putain de merde » entendait-on alors gronder dans un vestiaire désabusé. Après cette parenthèse musclée, Muller prenait la parole : « il faut changer le cours des évènements les gars. Putain vous êtes aux 20 mètres, bing on frappe. La différence avec eux, elle est là. Quand on est dans la surface, on pénètre ! Je vais vous dire l’arbitre, vous rentrez avec détermination il va siffler pénalty, il va siffler pénalty ! »
La seconde période débutait et à la 52ème minute, le deuxième coup de massue arrivait. Une belle reprise de Dallet allait se loger dans la lunette d’un Marichez battu. On pensait alors la soirée finie, mais pas tout à fait. Menés de deux buts, les Grenats n’abdiquaient pas et sur un centre tir assez hallucinant, Ouadah trompait le gardien de l’ESTAC à l’heure de jeu et réussissait une équerre rentrante… Hélas, seulement deux minutes plus tard, les Troyens étaient déjà repartis à l’attaque et sur un déboulé côté gauche, Meniri venait découper le numéro 4 adverse dans la surface. Pénalty transformé par Nivet dans le KO total (drapeaux envoyés sur la pelouse, feu en tribune) et Troyes reprenait, à la 67ème minute, deux buts d’avance. Comme un symbole, à deux minutes de la fin du temps règlementaire, Sébastien Grax plaçait une tête que Marichez ne pourra que détourner légèrement sur son poteau qui aura décidé de faire rentrer une quatrième fois le ballon au fond des filets. Ce fut la goutte de trop pour bien des supporters qui décideront de quitter le stade en huant leur équipe. Babacar Gueye réduira le score à la 90eme minute de jeu mais l’issue ne changera pas pour autant. Score final : 2-4.
Le FC Metz est condamné à sa deuxième descente seulement, après celle de 2002, en près de quarante ans. Dans le vestiaire après le match, c’est d’un air abattu mais lucide que Carlo Molinari s’adresse aux joueurs : « à ceux qui, pour noyer leur chagrin s’ils en ont, voudraient avoir l’idée d’aller en boite, je leur conseille vivement de pas y aller. Si en plus vous avez envie de vous faire casser la gueule par les supporters, c’est le moment (…) C’est pas l’endroit qu’il faut choisir pour donner l’image de joueur professionnel concerné par ce qu’il vient d’arriver (…) ». Avant de poursuivre : « quand on a fait la saison qu’on a fait et qu’on a raté ce qu’on a raté, quand on est pratiquement plus qu’au bord du précipice il faut avoir un peu de dignité et un peu de respect pour les gens qui viennent vous voir. J’vous dis hein, y’a des endroits, vaut mieux éviter hein ».
Un discours poignant à l’issue d’un match cauchemardesque. Le lendemain de ce traumatisme, Joël Muller revenait brièvement sur la prestation : « je pense qu’il y a des garçons qui n’ont pas conscience de la prestation qu’ils font. » Molinari lui certifiait : « les relégations c’est jamais le fait du hasard. Le hasard peut être là sur un match, sur deux matchs, sur trois matchs. Mais quand ça porte sur 38 matchs, c’est qu’on a tous l’obligation de faire un examen de conscience. Le dernier match hier soir on a touché le fond. Sur tous les plans. Et on va voir sur qui on va être certain de ne pas compter pour pouvoir remonter ».
Des mots forts d’un président meurtri par sa deuxième descente, après 2002 donc, et qui s’apprête, à ce moment-là, à rempiler pour une 37ème saison à la tête du FC Metz.
Quatre matchs ont couronné le chemin de croix messin par la suite avec des défaites à Toulouse 2-0, contre Sochaux (à huis clos à la suite des évènements contre Troyes) 0-1, à Nice 2-1 puis un succès anecdotique lors de la dernière journée face au Paris SG 1-0 sur un but de Huszti à la 87eme minute. Une saison bouclée à la dernière place avec 29 points et qui fait encore aujourd’hui partie des pires exercices de l’histoire du club.
M.G.
www.socios-fcmetz.com
Crédit photos : FC Metz, ESTAC Troyes
Les derniers articles :
Ligue 1. FC Metz : Pourtant il neigeait
Le FC Metz a solidement confirmé qu’il méritait sa place de lanterne rouge de la Ligue 1, au terme d’une rencontre affligeante face à Auxerre,
FC Metz – AJ Auxerre : Les notes des Messins
Dans un match plus que crucial pour le maintien, les Grenats se sont honteusement inclinés à Saint-Symphorien face à l’AJ Auxerre (1-3). Le FC Metz
De Metz à Lens, la renaissance de Matthieu Udol
Son départ du FC Metz avait laissé sceptiques certains supporters, peu convaincus par le choix du RC Lens. Quelques mois plus tard, Matthieu Udol est
Les réactions des joueurs après FC Metz – LOSC (0-0)
Après un point précieux arraché à domicile face à Lille (0-0), Michel Mboula, Gauthier Hein et Habib Diallo ont livré leur réaction à chaud en
FC Metz – LOSC : Benoît Tavenot : « Ce point récompense l’investissement des joueurs »
Solide et solidaire, le FC Metz a tenu tête au LOSC (0-0). Un match nul précieux dans la course au maintien, que Benoît Tavenot analyse
FC Metz – LOSC : Les Notes des Messins
Au terme d’un match haletant malgré le score nul et vierge, le FC Metz prend un point à domicile face à Lille (0-0). Retrouvez les